Corps naturel, corps fabriqué, et les contraintes ostentatoires et estéthiques du XIX ème siècle

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La beauté s’oppose à la laideur. Selon les cultures et les époques, on définit plus l’un ou l’autre. Dans les époques et les régions qui ont produit des critères positifs stricts de beauté corporelle humaine, la beauté est une, et la laideur est diverse. Si, au contraire, en ne désignant que la laideur et la difformité, on ne donne pour la beauté que des critères négatifs, ses formes peuvent être beaucoup plus variées.
On parle également de « canon de beauté », un canon dans le domaine des arts visuels, ou canon esthétique, désigne une règle de proportions des dimensions des membres permettant d’obtenir une beauté idéale en sculpture et en peinture. Par extension, on désigne par canon de beauté, les caractères considérés comme constituant la beauté à une certaine époque
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L’une des plus grandes batailles que les femmes aient livré durant leur histoire, peut-être plus dure que leur combat contre l’injustice, l’oppression et l’inégalité, est celle qu’elles ont mené pour pouvoir respirer librement. Il fut en effet une époque où le mot beauté rimait avec celui de cruauté.
Les femmes méritaient alors véritablement le qualificatif de victimes de la mode, car suivre ses diktats signifiait endurer des côtes cassées, des déformation de la colonne vertébrale et des déplacements d’organes vitaux.
Au XVIé siècle, Catherine de Medicis, reine de France, connue pour son caractère inflexible, impose des règles strictes aux courtisans, supervisant tous les aspects de leur vie, et notamment un tour de taille de 33 cm aux dames. Pour parvenir à cet idéal inaccessible, elle conçut un corset, véritable cuirasse d’acier qui comprimait le corps, de la taille aux épaules.
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Les femmes le serraient un peu plus chaque jour jusqu’à obtenir la mensuration imposée, pratique qui se soldait souvent par des côtes cassées.
C’était le temps ou les baleines régalent en maitres au coté de l’acier, du cuir et des lacets, ou le fil élastique n’avait pas encore droit de cité. 
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Pendant une brève et glorieuse période, entre 1790 et 1810 environ, correspondant au style Empire, le corset fut abandonné, les jupes tombant librement à partir de la poitrine.
Les robes Empire (resserrées en dessous de la poitrine) d’une simplicité envoûtante et la plupart du temps blanches ou pastel, font leur apparition. Les corsets sont oubliés car ces robes ne resserraient plus la taille mais rehaussaient davantage la poitrine. Les perruques et les cheveux poudrés n’étaient plus à la mode. Au contraire, les femmes adoptaient des coupes savamment décoiffées souvent tenues par des bandeaux de tissu. Par ailleurs, on redécouvre la propreté et ses bienfaits.
À cette époque, on jouait sur le ténébreux. Les brunes étaient à l’honneur et deux types de beauté primaient : la belle fragile et la bourgeoise. On enlevait tout maquillage et l’on montrait la femme telle qu’elle était réellement. Certaines, pour se rendre fragiles et naturelles, accentuaient leurs cernes grâce à de l’encre bleutée. Cette époque porte également à nu la vertu de la féminité accomplie : bien en chair, brune et au corps laiteux. Cette représentation de la femme incarne la beauté dans un aspect lisse et voluptueux. D’ailleurs, les robes étaient renforcées par des « faux-culs » et des corsets qui mettaient la poitrine bien en avant. La Castiglione était considérée comme l’une des plus belles femmes de cette époque.
La fin du siècle se marque par une remise en question des canons esthétiques. Dans la peinture, les courants réalistes l’ont abandonné dès le milieu du siècle ; l’anthropologie étudie les proportions des êtres humains réels, et constate à quel point celles du canon s’en écartent. Le courant dominant préfère la peinture académique de la beauté idéalisée et adhère à un canon des proportions. Paul Richer en produit un qui prétend « réunir les commodités des canons artistiques à la précision des recherches artistiques ». Mais même les artistes académiques les plus stricts comme Gérôme conviennent que ce sont les déviations par rapport au canon qui font la beauté, et que l’uniformité qui résulterait de son application serait tout à fait opposée à l’art. Les anthropologues les plus attachés aux mesures font au contraire remarquer « qu’un dessinateur, même lorsqu’on lui impose des mesures exactes, peut à sa volonté, avec ces mesures, donner à la figure qu’il construit les aspects les plus différents ; autrement dit qu’un même canon peut être interprété diversement et laisse toujours du facultatif aux mains e l’artiste ».
Puis, après cette parenthèse, il fit son retour avec de nouvelles contraintes, telles les barres en acier – comme pour faire payer aux femmes leurs années de liberté. Le prix n’était plus une excuse pour renoncer au corset, car la production de masse l’avait démocratisé. Aussi, les femmes des classes populaires n’étaient elles pas mécontentes de pouvoir se serrer à leur tour de cet attribut aristocratique. Les fillettes devaient très tôt se familiariser avec le port du corset. Comme si, à l’époque du règne de la reine Victoria, le monde occidental – à tout le moins sa moitié féminine – devait retenir sa respiration.
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PAR ALICIA PERES & MARIE AGOSTINI
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